the clown compagnie

La voie du Thé...La Chine

Un conte



Il y avait dans la Province de Buzen, un moine très zélé qui étudiait le Zen depuis plusieurs années. Un jour, son Maître lui recommanda d’aller poursuivre sa formation à la maison mère. Le moine prit congé de son Supérieur et se rendit au monastère. Le Supérieur de la maison-mère après la lecture de la lettre de recommandation lui dit :"Gardez vous de tout sentiment personnel et de toute affectivité dans vos rapports avec moi. Vous serez chargé, dans ce monastère, de préparer mon thé. Ce sera là votre unique occupation, si vous ne l’accomplissez pas à ma convenance, je vous chasserai !". Et il le congédia d’un geste de la main.Il commença donc aussitôt ses nouvelles fonctions. Il restait nuit et jour dans l’ombre du Maître. Dès que celui-ci prononçait ce seul mot : tcha (le thé), il se précipitait pour lui offrir le bol fumant. Les semaines, puis les mois passèrent et le Maître ne lui adressa plus une seule fois la parole, sinon pour réclamer son thé. Un geste, un claquement de doigts et le disciple était déjà là avec son bol. Bientôt, il ne fut plus besoin de lui rien dire. Il savait quelle était la variété préférée de son Maître suivant la saison et l’heure de la journée, il savait présenter le bol avec une humilité pleine de noblesse.

Au bout de deux ans, il était arrivé à savoir le moment où son Maître désirait boire son thé sans que celui-ci ait désormais besoin de faire le moindre geste. Il entrait silencieusement, il s’agenouillait sur les tatamis juste à la seconde où le Maître pensait qu’il voulait du thé et présentait le bol suivant le cérémoniel le plus strict. Au bout de quatre ans, il avait acquis une véritable maîtrise dans la préparation du thé. Il savait exactement juger au bruit le degré précis d’ébullition de l’eau. Personne ne savait faire le thé comme lui. D’autres moines, des visiteurs venaient lui demander de leur en préparer un bol. Il acceptait toujours de bonne grâce, avec gentillesse et humilité se bornant à répondre à leurs questions par quelques mots : "je ne suis qu’un pauvre serviteur", "je ne suis pas capable de donner le moindre conseil ..", les gens repartaient réconfortés par sa présence et par ce bol de thé qu’il leur offrait de toute son âme.

Il était maintenant depuis six ans dans ce monastère et le Maître ne lui avait toujours pas adressé la moindre parole. Plus le temps passait et plus il avait l’impression qu’il ignorait totalement sa présence. Au début, au moins, il y avait parfois un geste de mauvaise humeur, de réprimande si le thé était trop chaud ou trop froid ou mal servi. Maintenant il n’y avait plus cela et le moine en venait à vouloir essayer de mal faire le thé exprès, pour provoquer de nouveau ces gestes de mécontentement qui étaient au moins une preuve de son existence aux yeux du Maître. Mais voilà qu’il s’aperçut qu’il n’était plus capable de mal faire le thé. En réalité, il s’apercevait qu’il ne "faisait" plus le thé, mais que lorsque le moment venait, une force intérieure l’habitait et qu’il était le thé lui-même.

Quatre nouvelles années passèrent. Il savait non seulement le moment, de jour ou de nuit, où il devait servir son Maître, la qualité de thé qui convenait à ce moment, la qualité de l’eau et sa température idéale et aussi dans quel bol il convenait de l’offrir. Mais le Maître ne parlait toujours pas. Il ne le regardait même plus. Il y avait dix années que cette vie durait et le moine vit à nouveau arriver l’automne et le jour du dixième anniversaire de sa propre venue au monastère. Ce jour-là, en se levant le matin, il prit la résolution farouche de parler au Maître.
Il entra dans la pièce, salua, présenta le bol et, juste au moment où il allait ouvrir la bouche pour parler, sa résolution le quitta. Sa volonté s’effondra pendant qu’il saisit toute l’absurdité de ce qu’il allait dire. "Comment pourrais-je parler ainsi au Maître ?" pensait-il. Il allait se retirer, comme il le faisait tous les jours, sans rien dire, lorsque la voix du Maître le cloua sur place :

"Moine stupide, qu’as tu donc aujourd’hui ?" "Mais rien, Maître, je n’ai rien." "Il y a quelque chose. Tu ne m’as pas servi le thé comme d’habitude ? Tu as eu un geste d’hésitation en me tendant le bol. Je t’ordonne de m’en donenr les raisons." "Eh bien, Maître, puisque vous me l’ordonnez ... C’est aujourd’hui le dixième anniversaire de mon arrivée chez vous et j’avais pensé stupidement que je devrais vous parler ... Mais c’est sans importance ..." "Tu voulais sans doute me dire que tu étais venu pour suivre mon enseignement et que, comme je ne t’ai pas adressé la parole depuis dix ans, tu désirerais que je mette enfin au travail. Est-ce vrai ?" "C’est bien un peu ce que j’avais pensé, Maître, mais j’étais tout à fait stupide et ... " "Hors d’ici, tonna le Maître. Va faire tes paquets. Tu ne resteras pas une minute de plus dans ce monastère !"
Le pauvre moine désespéré se jeta aux pieds de son Maître, pleura, supplia.
"Rien à faire, dit le Maître, ma décision est irrévocable. Quand tu auras fait tes paquets, je t’autorise à venir me dire au revoir, avant de disparaitre à jamais de ma vue." La mort dans l’âme, le moine alla revêtir la robe de voyage qu’il portait dix ans plus tôt. Il rassembla ses affaires - deux livres de prière, un rasoir, les bols de laque enveloppés dans leur tissu noir - puis en sanglotant il retourna faire ses adieux au Maître. Celui-ci le dos tourné écrivait. Le moine fit une dernière tentative. Pas de réponse, le Maître continuait à écrire. Lorsqu’il eut fini, il se retourna enfin : "Voici dit-il, une lettre par laquelle je te nomme Supérieur de notre monastère annexe de la montagne". "Maître, ce monastère de la montagne compte au moins quarante moines tous anciens, expérimentés. Comment pourrais-je être leur Supérieur, moi qui ai passé dix années à préparer le thé au lieu de me consacrer à l’étude ?" "Le thé était ton étude. Tu croyais préparer un bol de thé, mais tu te préparais toi-même à acquérir la vraie connaissance. Maintenant, tu as parcouru à travers ces humbles gestes toutes les étapes qui mènent à la réalisation de ta véritable nature. J’ai observé ta progression et je sais que tu es capable d’aider les autres à parvenir au même point. C’est pourquoi je t’ai nommé Supérieur."On dit que ce moine fut le meilleur Supérieur qu’ait jamais eu le monastère de la montagne. Il vécut très agé. Sa réputation de sainteté s’étendait à toute la province. Il ne parlait presque pas. A ses visiteurs, il offrait sans un mot, un bol de thé, et l’on sentait qu’il était tout entier, corps et esprit unis, dans cette offrande.

La source des tigres

L’eau pure de la source des Tigres galopants apparut « miraculeusement » tout près d’un temple assez proche du jardin de thé. Sous le règne de l’empereur T’ang, Yuan Ho (806-821), il y eut une autre terrible sécheresse et une fois de plus les gens de Hangtcheou prièrent en vain les dieux de leur accorder la pluie. Un jour, l’abbé Hsing K’ung vit deux tigres bondir hors de la forêt voisine et commencer d’aller et venir sur le terrain du temple. Tout à coup, l’eau se mit à sortir à gros bouillons du sol foulé par leurs griffes. Depuis lors, la source n’a jamais tari. Son eau est merveilleusement pure et lorsqu’on l’utilise pour préparer le thé du Puits du Dragon, l’infusion ressemble à du jade liquide et exhale de plus une délicieuse fragrance qui imprègne tout le palais. Comme le remarquait des siècles plus tard un visiteur Ming : « Comme j’aimerais être moine et vivre toujours ici, avec un tel thé et une telle eau pour compagnons ! »

Le puits du dragon

Vers l’an 250 - c’est ce que dit la légende - un Taoïste affirma qu’il devait y avoir un dragon caché dans une certaine source non loin de Hang-tcheou. Ayant fait cette découverte à un moment ou les paysans priaient depuis fort longtemps pour avoir de la pluie, il implora le dragon du puits de leur venir en aide. A l’instant même, les nuages s’accumulèrent de toutes parts et la pluie tomba à torrents fort à propos. Un vieux temple tout proche de la source est connu sous le nom de Monastère du Puits du Dragon et le thé doit son nom à cette même légende.